La découverte par les Allemands d’un charnier de 4.100 cadavres d’officiers polonais à Katyn, en avril 1943, allait alimenter l’une des plus sombres polémiques de la Guerre Froide. Lontemps, le débat se focalisa sur l’identité des meurtriers - Hitler ? Staline ? -, chacun d’entre eux possédant le mobile, les moyens et la motivation. Mais les preuves à l’encontre de l’U.R.S.S. s’accumulaient, et se virent confirmées par le déclassement des archives soviétiques sous les auspices de Boris Eltsine, qui communiqua à son homologue polonais Lech Walesa la décision du Politburo condamnant à mort, un certain jour de mars 1940, l’intelligentsia polonaise. Toutefois, à ce louable effort de transparence succéda un retour au secret, le gouvernement Poutine, soucieux de classer le dossier, se plaisant à bloquer l’accès aux documents de l’Histoire stalinienne.
Cette nouvelle politique d’opacité n’a toutefois pas empêché l’historien Victor Zaslavsky de réaliser une remarquable synthèse des connaissances réunies autour de ce massacre. Rappelant le contexte du partage des dépouilles polonaises entre l’U.R.S.S. et l’Allemagne nazie en septembre 1939, et la collaboration qui s’ensuivit entre les deux régimes pour mettre le pays en coupe réglée - jusqu’à l’invasion de la Russie par la Wehrmacht le 22 juin 1941 -, M. Zaslavsky expose le processus décisionnel ayant mené à cette tragédie, reposant selon lui sur la volonté du Kremlin d’empêcher tout redressement de la nation polonaise, cette fois privée de ses élites. Curieusement, si l’historien évoque la guerre russo-finlandaise comme l’un des facteurs explicatifs de l’extermination ("vider" les camps de prisonniers polonais pour accueillir les officiers finlandais), de manière d’ailleurs peu convaincante, il ne lui vient pas à l’esprit que cette directive visait à anticiper, chez Staline, une hypothétique paix globale dont on pouvait croire à l’époque qu’elle se profilait en Europe, et qui se serait peut-être traduite par une renaissance de l’Etat polonais, ce à quoi il ne tenait pas.
L’ouvrage de M. Zaslavsky décrit également l’industrie du mensonge qui se mit en marche en U.R.S.S. dès la découverte des cadavres en 1943, citant à ce propos des documents confidentiels des plus hautes instances de la direction communiste, tout en rappelant que les grandes puissances occidentales mirent un frein, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, à toute velléité de recherche de la vérité, pour d’évidentes raisons de Realpolitik alors que l’Allemagne constituait encore le danger principal. L’histoire tourmentée du rapport des Soviétiques à ce massacre est également finement analysée, des tentatives répétées d’incriminer les Allemands aux investigations judiciaires amorcées lors de l’effondrement du communisme, et actuellement bloquées par le gouvernement Poutine.
A une analyse souvent limpide mais qui lorgne vers le militantisme s’ajoute la reproduction de nombreux documents d’archives soviétiques, susceptibles de faciliter des recherches et interprétations ultérieures.
Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr![]()