L’histoire de l’empire byzantin, malgré les recherches qui, en ces dernières décennies, l’ont grandement renouvelée, demeure captive de tenaces préjugés en Occident. Pour la multitude, elle apparaît toujours, telle qu’elle se présentait aux yeux de Gibbon et Montesquieu, comme la pâle survivance et l’interminable décadence de l’empire romain. Pendant les mille années de l’époque médiévale, Byzance a vécu, et pas seulement dans les chaînes d’une civilisation « immobile » : elle a vécu glorieusement, sous la tutelle d’un Etat omniprésent, dominé par la figure aulique d’un empereur quasiment déifié. Quoiqu’elle se soit volontiers proclamée la digne continuatrice et l’héritière de Rome, quoique ses empereurs aient cultivé le majestueux nom de « basileis des Romains », en réalité, Byzance devint très tôt une monarchie orientale, ou plus exactement « l’empire du milieu », à la lisière d’un monde occidental germanisé et de la « barbarie asiatique ». Grâce à son étonnante faculté d’adaptation, elle a su traverser les âges sous une apparente unité hiératique, qui dissimulait une grande diversité.
Dans le sillage de l’agrégation d’Histoire, les Editions du Temps ont souhaité proposer aux étudiants une élégante synthèse, dont les fondements sont l’économie et la société byzantines du milieu du VIIIe siècle jusqu’à la Croisade de 1204. Ces limites chronologiques se justifient aisément, car, avant le VIIe, Byzance était encore romaine dans sa langue et sa culture, tout comme, au lendemain de l’invasion latine, Byzance n’était plus Byzance, mais une triste peau de chagrin rongée par le déclin. Ces cinq siècles d’histoire voient également la naissance d’un équilibre social, grâce à la sédentarisation des populations slaves converties. Au sein d’une pyramide figée par les codes de préséance, les castes et les titres nobiliaires, un large éventail humain peut cependant bénéficier de l’ascension sociale. La prépondérance d’une aristocratie assise sur les immenses domaines fonciers de l’empire n’empêche guère en effet les esclaves et les eunuques d’accéder aux faveurs du pouvoir.
Le cadre institutionnel, que les auteurs embrassent dans toutes ses facettes, est le garant d’un ordre millénaire, que l’orthodoxie religieuse veille à sanctifier. Ainsi le tissu social byzantin, souvent menacé par d’incessantes tensions, se maintient-il contre vents et marées. Paysans libres ou parèques, artisans et négociants, marins et petits commerçants, serviteurs d’une administration tentaculaire, clercs et lettrés forment une étrange mosaïque dont l’harmonie est la clef de toutes les richesses de l’empire et de son rayonnement en Méditerranée. La chute de Constantinople sous les coups des Croisés ruine la prospérité byzantine. La messe est dite. D’un style un peu grisâtre, ce petit manuel porte une claire estampille universitaire, qui le rend toutefois incontournable pour aborder sereinement les mille et un enjeux d’une histoire passionnante.
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