La Légion Etrangère, quelle Arme ! Jalousée par toutes les armées du monde, ce corps d’élite ne vit que pour le drapeau français. Pierre Montagnon nous propose une approche humaine de la Légion, à travers le portrait d’un grand nombre de ses hommes, des origines jusqu’à nos jours. Et les personnalités pittoresques ne manquent pas à l’appel.
Si, à ses débuts, la Légion Etrangère regroupe ses éléments par nationalité, ce n’est que la perpétuation d’une tradition séculaire permettant aux soldats de tous pays de servir le drapeau français. Le décret du 1e mars 1831, signé par Louis-Philippe, définit les bases de l’institution, mais ne lui confère aucune âme. L’idée initiale du regroupement par nationalité tend à faciliter le commandement, mais entraîne inévitablement des tentions, aggravées par le faible niveau demandé aux recrues, et par un anonymat parfois bien utile. Selon certains, la Légion n’est qu’un agglomérat de voyous et d’aventuriers, cherchant richesse ou nouvelle vie.
Les premiers contingents sont originaires d’Europe, surtout en provenance de pays en crise. Mais, bien avant la règle de l’amalgame, les officiers commandant dressent des Légionnaires un profil de soldats efficaces, à condition de posséder une poigne suffisante pour les faire obéir. Le chef doit être dur mais humain, c’est là une des qualités maîtresses observées dans la Légion. Bientôt, les batailles s’enchaînent, souvent en Afrique du Nord, provoquant la création d’un dépôt de l’Arme à Sidi-Bel-Abbès. Ce simple cantonnement deviendra un fait mythique dans sa participation à la conquête de l’Algérie, et sera construit entièrement des mains des Légionnaires. Car c’est une particularité de cette institution. Si elle sait combattre et détruire, elle construit également. Elle laissera au fil des années différents types d’ouvrages aux quatre coins du monde qui, pour la plupart, existent encore aujourd’hui.
Tous les profils s’y côtoient. On peut y entrer comme simple soldat, comme officier étranger, ou officier français. Elle portera en son sein un nombre important de futurs généraux et même quelques ministres. Les effectifs varient selon les périodes et les besoins, mais jamais un sergent recruteur ne dut être employé pour garnir ses rangs. Au lendemain de trois décennies seulement, le drapeau de la Légion s’enorgueillit d’un grand nombre de victoires, dont certaines, comme Magenta, marqueront l’Histoire de France au même titre que celles de Napoléon. Les pertes, elles aussi, sont nombreuses.
La règle de l’amalgame donnera un panache plus éclatant à la Légion. Elle développera à l’extrême son esprit de corps, plus encore que toute autre unité. A la Légion, on sert, on marche, on combat, mais on respecte l’individualité. Nombreux seront ceux qui souhaiteront la rejoindre, parce que c’est la France, parce que c’est la Légion. A la bataille, les officiers marchent toujours en tête, et prennent souvent les premières balles. La Légion n’a peur de personne, et une infériorité numérique écrasante ne l’empêche pas d’accomplir son devoir, même si, comme à Camerone, une petite soixantaine de Légionnaires est consciente de vivre ses dernières minutes face à plus d’un millier de soldats mexicains.
La liste des héros légionnaires est bien trop longue pour être évoquée ici. Il est impossible d’en nommer un sans parler des autres. C’est cette liste que nous propose Pierre Montagnon, et elle est longue. Qu’ils soient d’origine modeste ou princes de sang, l’auteur nous fait revivre deux siècles d’Histoire en présentant les personnalités et les faits d’armes de ces courageux soldats. La Légion est toujours là où la France combat. Les portraits sont hauts en couleurs, fourmillent d’anecdotes et de témoignages. Pierre Montagnon sait de quoi il parle : il fut lui même légionnaire, et n’en est pas à son premier essai sur l’Armée Française.
Le lecteur trouvera dans ce livre une épopée fascinante ; il comprendra pourquoi la Légion est ce qu’elle est. La dernière page arrive ainsi bien trop vite. Si l’on ne devait lire qu’un livre pour en connaître l’Histoire, c’est celui-ci qu’il faudrait choisir, parce qu’il embrasse l’individu. C’est bien cet idéal qui fait de la Légion un corps d’exception, un ensemble d’hommes venus d’horizons différents, unis dans une famille soudée et reconnaissante.
Longue vie à la Légion !
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