La guerre civile russe, opposant les Bolchéviks aux « Blancs » - en fait une cohorte d’oppositions armées désordonnées - de 1917 à 1921 (sans compter les insurrections paysannes postérieures) est mal connue en Occident. Et pourtant, elle fut pour la Russie un cataclysme digne de la Grande Guerre, le produit du cycle de violences révolutionnaires amorcé en 1917, de la chute du tsarisme en février au putsch communiste d’octobre. Ardemment désirée par Lénine pour lui permettre d’épurer le plus légalement du monde - et grâce au prétexte des « circonstances » - la Russie « arriérée », elle n’en faillit pas moins causer à plus d’une reprise la destruction complète du jeune régime communiste...
Dominique Venner, historien et rédacteur en chef de la Nouvelle Revue d’Histoire, avait déjà publié Les Blancs et les Rouges chez Pygmalion en 1998. L’ouvrage est ici réédité, et rénové au regard des travaux ultérieurement parus, à l’occasion du 90e anniversaire de la prise du pouvoir des Bolchéviks. En dépit d’une certaine complaisance à l’égard des Blancs - qui pourtant commirent leur lot de massacres - et d’une vision trop romantique de leurs chefs (en particulier l’amiral Koltchak, aux mérites surestimés), et malgré une certaine sympathie affichée aux thèses les plus discutables et discutées de l’historien allemand Ernst Nolte quant à l’improbable filiation entre communisme et fascismes, l’auteur parvint à réaliser une très utile synthèse d’ensemble de ce gigantesque affrontement qui dévasta la Russie entière, de Petrograd au Caucase, de l’Ukraine à l’Oural.
Un certain nombre de légendes sont d’ailleurs réfutées, au passage. Légende, d’abord, que celle d’une guerre civile déclenchée par les adversaires du bolchevisme : ce fut bel et bien Lénine qui, en interdisant toute contestation de son pouvoir, réveilla les oppositions armées. Légende ensuite, que celle d’une lutte communiste contre une massive intervention des « puissances capitalistes de l’Ouest » (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Pologne) et d’Asie (Japon) : en vérité, cette intervention, qui visait surtout, du moins au départ, à maintenir le front russe contre l’Allemagne impériale, fut limitée et victime des rivalités diplomatiques et autres arrière-pensées. Légende, toujours, que celle d’un « bon » Lénine improvisé grand chef de guerre : Dominique Venner rappelle avec pertinence la monstruosité démente du personnage, férocement assoiffé de pouvoir, répondant au sang par le sang. Légende, enfin, que celle d’une victoire de l’Armée rouge incarnant les forces de progrès et soutenue par la population : si Dominique Venner ne nie pas les évidentes aptitudes militaires de Trotski, il met en lumière les occasions manquées de part et d’autres. Le cas du général allemand Hoffmann, qui proposait à Berlin en 1918 de liquider le nouveau pouvoir de Petrograd, est à ce titre des plus édifiants. Les Blancs étaient trop divisés, ne coordonnaient pas suffisamment leurs mouvements, ne surent se ménager l’appui des nationalités et des paysans, à l’inverse des Rouges qui, eux, parvinrent avec une belle hypocrisie politique se ménager différentes couches de la population.
Accompagné de nombreuses fiches biographiques des protagonistes de cette épreuve de force et d’une chronologie, ainsi que d’une complète bibliographie, Les Blancs et les Rouges constituent ainsi une non négligeable entrée en matière pour le profane.
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