Responsable, depuis 2003, du programme d’édition en ligne consacré à la petite presse ouvrière lyonnaise des années 1830 (http://echo-fabrique.ens-lsh.fr/), Ludovic Frobert livre avec cet ouvrage une étude attendue qui repose naturellement sur un dépouillement très complet de la presse ouvrière de l’époque. C’est plus particulièrement l’hebdomadaire L’Echo de la fabrique qu’a utilisé l’auteur afin d’affiner une interprétation vieillie des tragiques révoltes des Canuts (1831 et 1834). Ces derniers n’étaient stricto sensu en rien des partisans du luddisme ou encore du socialisme, quand bien même ils se sont progressivement ralliés au républicanisme. Une chose est certaine, les Canuts n’entrent que très difficilement dans une catégorie générale.
Face aux mutations technologiques et industrielles qui frappent la France du milieu du XIXe siècle, les Canuts prennent conscience de la nécessité pour eux d’adapter La Grande Fabrique, organisée jusqu’ici sur le modèle de la manufacture dispersée. Mais ce sont bien les bouleversements politiques de 1830 qui permettent l’émergence d’une presse plus libre et le développement d’un riche débat chez les ouvriers lyonnais de la soie. Ce sont alors tant les questions technologiques et industrielles, que sociales et politiques, qui occupent alors ces travailleurs. Ces derniers restent avant toute chose très attachés à la profonde solidarité qui transcende la hiérarchie ouvrière, du simple apprenti au chef d’atelier. Ce discours militant se heurte très rapidement aux dirigeants du temps qui plaident, eux, en faveur d’une délocalisation des ouvriers et des chefs d’atelier dans les campagnes, rassemblés au sein de manufactures concentrées et spécialisées. Car c’est bien cette solidarité qui risque, ainsi, de voler en éclats.
Traitant somme toute assez peu des révoltes de 1831 et 1834, Ludovic Frobert s’intéresse surtout à un débat d’idées occulté jusqu’ici. Celui-ci donne à voir la réflexion, souvent poussée, de simples ouvriers qui apparaissent pourtant éduqués comme instruits des innovations techniques de la grande industrie et des règles de l’économie, et conscients des clivages politiques et sociaux du temps. C’est bien le fond intellectuel de cette contestation, dont le souvenir a été effacé par la fureur des émeutes et de la répression, qui surgit à nouveau au fil de la lecture de ces pages.
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