L’empreinte qu’ont laissée sur l’histoire de l’Europe les régimes totalitaires que furent en premier lieu le IIIe Reich hitlérien, et dans une moindre mesure l’Italie mussolinienne ainsi que l’Espagne franquiste, a souvent occulté la réalité politique de la majorité des régimes du continent, d’un après-guerre à l’autre. Le livre de M. Paul Pasteur, destiné à un public d’étudiants de 1er cycle et de curieux, permet de se familiariser avec ce contexte avant d’aller plus loin et de « creuser » ces thématiques passionnantes.
Loin de proposer un simple catalogue des régimes autoritaires et des politiques mises en œuvre par les dictatures européennes de ces années noires, ces pages éclairent la nature des forces profondes communes ainsi que les divergences notables qui dessinent leurs spécificités. Quoi de commun, en effet, entre l’autoritarisme des monarchies balkaniques à la tradition orthodoxe affirmée, et celui des républiques polonaise et baltes, ancrées dans un système de valeur catholique et luthérien ? Quels rapprochements peut-on faire entre les systèmes politiques ibériques et méditerranéens, et ceux de leurs homologues d’Europe centrale et du nord ? Place de la religion, place du corporatisme, persistance - ou éradication - des instances parlementaires nationales, présence éventuelle d’un parti unique, ampleur du culte du chef, réflexion sur le caractère « viril » de ces régimes... et bien d’autres aspects encore sont pris en compte dans cette étude. Ils témoignent surtout d’un enracinement réactionnaire sur lequel le positionnement des Etats considérés vis-à-vis des traités de paix (pays révisionnistes ou, a contrario, garants) n’exerce, en fin de compte, qu’un poids relatif.
Si l’on peut déplorer la faible prise en compte par l’auteur de l’évolution du rapport de force européen pour expliquer le cheminement particulier de certains de ces régimes (difficile à entreprendre, il est vrai, dans une collection de premier cycle par essence très centrée sur une problématique unique développée dans un format réduit), cette synthèse a finalement le grand mérite d’exposer très clairement, à l’aide d’exemples particulièrement parlants, que l’autoritarisme de ces derniers, qualifiés de « gris » par l’auteur, se distingue très nettement du fascisme et du national-socialisme. Souvent coupés de leurs opinions publiques, farouchement hostiles à la logique révolutionnaire et fondamentalement élitistes, leurs dirigeants se sont avérés incapables de susciter une dynamique similaire à celle initiée par leurs « modèles ».
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