La France a connu bien des cycles de violence, à toutes époques de son Histoire, le dernier en date n’étant autre que celui correspondant à la période de l’Occupation. Pourtant, les « Guerres de Religion », qui ont ravagé la seconde moitié du XVIème siècle et se sont prolongé au siècle suivant, ont fortement marqué les esprits, dès cette époque, et jusqu’à nos jours. Il est vrai que les représentations picturales de ces sinistres événements ont, pour le coup, durablement imprimé cette vision de « massacres en technicolor », les atrocités de la Saint-Barthélémy (plusieurs fois adaptées au cinéma) en constituant l’image la plus saisissante. Connue, cette époque en est-elle pour autant bien comprise ? La conscience collective reste pétrie d’idées reçues, faisant trop facilement des Protestants d’innocents martyrs ou de Catherine de Médicis une criminelle d’Etat en puissance, manipulant et empoisonnant ses adversaires, voire les exterminant en masse. Or, les études les plus récentes ont permis de nuancer, voire de réfuter, quantité de préjugés et de « légendes noires », outre de réexaminer la culture de la violence qui prévalait alors, et de départager les facteurs religieux et politiques – bref, elles cherchent à resituer ces épisodes dans leur époque.
La synthèse réalisée par Nicolas Le Roux, qui constitue l’un des volumes de la collection « Histoire de France », des éditions Belin, répond, à ce titre, à nos attentes. Suivant une trame chronologique, l’auteur fait appel aux dernières réflexions de l’historiographie pour remettre à jour notre vision des XVIème et XVIIème siècles. Les développements du protestantisme, l’affaiblissement du pouvoir royal (lié à la fois à la personnalité des jeunes successeurs d’Henri II et à la prolifération de doctrines politiques remettant en cause la prééminence monarchique), les divers calculs des uns et des autres, mais aussi la propagande idéologique et symbolique, la vie quotidienne, tout nous est ici reconstitué avec clarté.
L’on s’aperçoit que les lignes de fracture politiques et religieuses étaient parfois brouillées, Catherine de Médicis, notamment, étant littéralement obsédée par l’idée de maintenir la paix sans renier pour autant les prérogatives du monarque. L’étude des formes de violence des différents protagonistes révèle également des ambitions contrastées selon les Protestants ou les Catholiques (milieu beaucoup plus hétérogène), ces derniers étant nettement plus enclins à céder à une conception eschatologique des temps d’alors, propre à les radicaliser, voire à justifier toutes les atrocités.
Les Guerres de Religion ont ainsi posé de redoutables questions, à l’époque, touchant le tissu social via la culture religieuse, de même que le concept même d’Etat. Nicolas Le Roux démontre également que l’Edit de Nantes de 1598 n’était pas un simple « armistice », mais se voulait l’apogée d’une politique de pacification durable proclamant l’acceptation d’un nouveau fait religieux. Son succès – provisoire – est surtout du à l’évolution de l’opinion publique, moins sensible à la peur de voir la France souffrir des punitions divines pour avoir toléré des « hérétiques ». Toutefois, si le renouveau des Guerres de Religion, sous Louis XIII et Richelieu, n’avait rien d’inévitable, les malentendus avaient persisté, et étaient propres à fragiliser les fondements de la monarchie, donc à l’empêcher de connaître sa dérive absolutiste.
Exposé limpide, analyse passionnante, cet ouvrage est, bien sûr, accompagné de plusieurs illustrations dont certaines témoignent de l’ampleur des haines et des violences de l’époque. Le chapitre « L’Âtelier de l’Historien », passage obligé de la collection, fait également le point sur les différentes évolutions de l’historiographie, rappelant que les tentatives d’explication des Guerres de Religion ont débuté dès leur commencement, les Protestants ayant, si l’on ose dire, « tiré les premiers », pour remettre en cause, d’ailleurs, l’aspect religieux du problème et n’y voir que d’hypocrites calculs politiques…
Ce volume essentiel permet ainsi au lecteur de mieux appréhender les complexités d’une étape peu reluisante de l’Histoire de France, alors que le fait religieux, entre laïcité, catholicisme et islam, suscite, de nouveau, d’abondantes polémiques. De fait, si l’Histoire ne se répète pas, les Guerres de Religion éclairent les angoisses et les peurs de notre époque.
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