Les Templiers de Laurent Dailliez, historien spécialiste du sujet (n’a-t-il d’ailleurs pas écrit l’article de l’Encyclopædia Universalis à ce sujet ?), est une réédition d’un ouvrage publié pour la première fois en 1972. Il faut avouer que, malgré son ancienneté, cette monographie est une véritable réussite, un classique qui devrait faire partie de toute bibliothèque "médiévalisante".
Les quatre cents pages de l’ouvrage sont utilisées sans laisser place à l’inutile ou à la futilité. Il n’en fallait pas moins pour aborder avec sérieux tous les aspects étudiés par Laurent Dailliez. De la création d’un ordre militaro-religieux au début du XIIe siècle et de l’ère des croisades à la chute d’un empire militaro-financier deux cents ans plus tard, des territoires ibériques occupés à la Reconquista aux seigneuries agitées de Terre Sainte, rien n’échappe à sa sagacité. Analysant la grandeur et la décadence de l’Ordre du Temple, l’historien s’attarde aussi bien sur la grande histoire que sur les "combines" et les hauts faits de certains de ses représentants, détaillant ainsi la politique désastreuse, tant pour l’Ordre que pour la Terre Sainte, de Gérard de Ridefort (1184-1189) et louant la reprise en main de son successeur Robert de Sablé 1189-1193), qui rendit au Temple son honneur et son importance politique.
Dans la première moitié du livre, le lecteur s’aventure dans l’histoire structurelle de cet ordre mythique. Il découvre, entre autres, la vie quotidienne des moines-soldats et les règles auxquelles ils se plient, une description précise de la hiérarchie complexe qui les lie, leur rôle militaire, diplomatique et financier (notamment en Europe), et même une courte biographie de leurs Grands Maitres, d’Hugues de Payens (1119 – 1136) à Jacques de Molay (1292 – 1314). Dans la seconde partie, la narration porte davantage sur l’évènementiel et le rôle du Temple dans la reconquête et l’administration des terres chrétiennes. Enfin, dans la troisième partie, qui couvre une période s’étalant de la chute de Saint-Jean-d’Acre (1291) à l’exécution de Jacques de Molay (1314), Laurent Dailliez décrit le déclin de l’Ordre. Sans pour autant s’apitoyer sur les accusés ni les absoudre de tout péché, erreur ou maladresse, il explique les rouages d’un véritable complot ourdi par Philippe IV le Bel, avide d’argent et de pouvoir, contre les Templiers. L’historien décrit un procès instruit à charge, mené par l’Inquisition, et comblant plus d’un protagoniste de l’affaire, du roi de France aux Hospitaliers, alliés mais aussi rivaux de l’ordre des moines-soldats, abandonnés par leur protecteur, le pape Clément V. Il conclue sur un chapitre qui éclaire le lecteur sur le devenir de cet ordre et ses ramifications jusqu’au XXe siècle.
N’oubliant jamais de citer des sources d’époque, choisies parmi les 14500 qu’il a compulsées, offrant tant un point de vue externe, comme L’Estoire de la Guerre Sainte rédigée vers 1194-1199 par Ambroise, qu’interne, telle une lettre du Maitre Pierre de Montaigu, l’auteur tente au mieux de nous faire toucher du doigt le sujet même de son ouvrage. Celui ou celle qui en parcourt les pages à alors la chance de se plonger dans un univers raconté et décrit avec passion et expliqué avec justesse et rigueur.