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Les chemins de la peste

Le rat, la puce et l’homme

Frédérique Audoin-Rouzeau

La nuit, elle s’appelle Fred Vargas et écrit des romans policiers dans lesquels l’énigme compte moins que le décor et les personnages, hautement réjouissants. Le jour, elle n’est autre que Frédérique Audoin-Rouzeau, chercheuse au C.N.R.S. et spécialiste de l’étude des rapports entretenus par l’homme avec le monde animal au cours de l’ère médiévale. Et par cet ouvrage présentement commenté, elle nous livre une remarquable analyse censée répondre à cette question : quelle est l’origine des épidémies de peste qui ont décimé l’humanité ? Le rat - ou plutôt la puce de rat - ou l’homme - du moins la puce de l’homme ?

La controverse est d’importance. Le bacille de la peste n’a pas disparu, il avait même frappé Paris en 1920. Connaître le vecteur de sa transmission est censé assurer une plus grande efficacité aux politiques sanitaires. Alors, qui est le coupable ? Mme Audoin-Rouzeau accuse le rat, à l’aide d’un impressionnant dossier argumentaire résultant d’une recherche minutieuse. Elle réfute l’argument essentiel des scientifiques pointant du doigt la puce de l’homme, à savoir la croyance selon laquelle les épidémies de peste étaient apparues en Occident avant l’arrivée des rats noirs, au retour des croisés au XIIe siècle, preuve que la puce de l’homme devait être clouée au pilori.

Or, il a été historiquement établi que les rats noirs avaient débarqué sur notre continent dès le Ier siècle de notre ère, et que la peste a surtout commencé à frapper les zones commerciales, et des milieux professionnels dont les établissements étaient à même de favoriser une invasion de rats (marchands de tissus, artisans...). Autant de preuves, scientifiques, sociales, historiques, d’un rôle déterminant du rat noir dans la propagation de la maladie. La peste a également surtout touché les pauvres, alors que l’hygiène des riches n’était pas pour autant meilleure - mais les pauvres vivaient dans un environnement insalubre, propice à la prolifération des rats.

D’où cet implacable schéma. D’abord, les rats se répandent dans les dépôts de marchandises, principalement de tissus. Leurs puces, en les piquant, les condamnent à mourir dans ces étoffes. Faute d’hôte, elles entrent alors en contact avec l’homme par le biais du commerce de tissus, ou de la nourriture, et le contaminent à son tour. La maladie, par la suite, s’étend comme une traînée de poudre, car s’avérant hautement contagieuse. Les plus grands désastres sanitaires occasionnés par la peste n’ont pas d’autre cause.

La démonstration est des plus convaincantes, car extrêmement rigoureuse. Malgré la morbidité du thème, et la complexité scientifique du dossier, Mme Audoin-Rouzeau parvient à capter l’intérêt du lecteur grâce à un réel talent de clarification.

Nicolas Bernard

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Titre : Les Chemins de la peste. Le rat, la puce et l’homme
Auteur : Frédérique Audoin-Rouzeau
Editeur : Tallandier
Collection : Texto
Nombre de pages : 623
Publication : mars 2007
Prix : 12 €
ISBN : 978 2 84734 426 4

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