Depuis la Révolution des roses d’octobre 2003, qui a permis l’accession au pouvoir de Mikheil Saakachvili, la Géorgie occupe régulièrement la première place de l’actualité internationale. Peut-être les plus attentifs auront retenu la nomination de l’ambassadrice de France du moment, d’origine géorgienne, au poste de ministre des Affaires étrangères de Géorgie. Par la suite, la guerre russo-géorgienne de l’été 2008 a été beaucoup évoquée dans les médias. Mais que connait-on véritablement de ce pays ? Les médias eux-mêmes peu au fait de l’histoire de cette région méconnue du Caucase ont pu parfois mal renseigner le citoyen lambda en quête d’informations. Le livre de Georges Mamoulia saura donc retenir l’attention de qui souhaite en apprendre plus sur ce pays passionnant.
À l’issue de la première guerre mondiale, le remuant Caucase réussit tant bien que mal à s’affranchir de la tutelle russe, sous l’effet de la déstabilisation du pays suscitée par la révolution bolchevique de 1917. Mais coincés entre une Russie dorénavant bolchevique, soucieuse de reconquérir ses marches frontières comme à la meilleure époque du tsarisme triomphant, et une Turquie dorénavant kémaliste, sensible à la création d’un ou de plusieurs « États tampons » mais également inquiète des velléités supposées de ces derniers, les Caucasiens se sont naturellement tournés au début des années vingt vers les grandes puissances du moment qu’étaient la France et le Royaume-Uni... avec un bonheur relatif. Si la guerre gréco-turque et les énormes difficultés internes de la Russie ont pu un temps faire illusion et laisser croire que l’indépendance était au bout du chemin, le refus de Paris et de Londres à engager directement des troupes dans la région a définitivement condamné les espérances des Caucasiens. Ce sont à ces développements diplomatiques et politiques, complexes et denses, que sont consacrées les premières pages de l’auteur.
C’est aussi à la vigoureuse lutte d’influence menée auprès des chancelleries par les gouvernements nationalistes caucasiens en exil à Paris et en Turquie, notamment pour empêcher la reconnaissance par les puissances de l’annexion de la région par l’URSS, qu’est consacré ce travail. La très intéressante étude du jeu polonais auprès de ces hommes politiques exilés - mené à l’initiative de Pilsudski - donne quant à elle à voir le développement de la stratégie diplomatique d’une puissance européenne moyenne décidée à encadrer sérieusement un mouvement révolutionnaire anti-bolchevique susceptible d’apporter son concours à ses intérêts face au régime de Moscou. C’est enfin à l’encadrement et à l’utilisation des Caucasiens tant par l’Italie que le Japon et le IIIe Reich dans les années trente et au cours de la seconde guerre mondiale, que s’intéresse Georges Mamoulia.
Adoptant une progression chronologique très claire, admirablement documenté car puisé dans des sources géorgiennes de premier ordre comme dans des fonds européens variés (France, Allemagne, Italie, Russie, Etats-Unis...), présentant en fin de volume une iconographie bienvenue, le livre de M. Mamoulia apporte indéniablement une pierre cruciale à l’historiographie francophone de la Géorgie et plus largement du Caucase contemporain.
Possibilité de commander en ligne, sur le site des éditions l’Harmattan