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Les frères de Napoléon

Frédéric Hulot

De son lointain exil de Sainte-Hélène, Napoléon fit cet étrange aveu que retint Las Cases : « Il est sûr du reste que j’ai été peu secondé par les miens et qu’il ont fait du mal à ma grande cause (...). Nommais-je un roi, ce n’était plus un lieutenant, mais un ennemi de plus ». Pourtant, le monarque déchu eut également des mots plus tendres pour ses frères, qu’il n’avait jamais cessé d’aimer. Grâce à lui, Joseph, Lucien, Louis et Jérôme connurent une prodigieuse fortune politique et jouèrent un rôle éminent dans l’Histoire, bien que rien n’eût vraiment disposé le clan Bonaparte à un tel destin. A l’exception de Lucien, au tempérament revêche, tous reçurent des royaumes dont ils ignoraient la langue et les coutumes. Joseph, l’aîné de la famille, qui avait bien de la peine à concilier sa timidité naturelle avec les folles aventures où l’entraînait son frère, vit le ciel de Naples avant de connaître les joies de la guerre d’Espagne. Louis, doué d’un caractère à la fois grave et romanesque, neurasthénique à ses heures, obtint le trône de Hollande. Jérôme, cadet mal élevé et indolent, devint le souverain d’un royaume fabriqué de pièces et de morceaux, la Westphalie, une simple marche française sur la rive droite du Rhin.

La médiocrité des frères de Napoléon est l’un des grands poncifs de la littérature impériale. Seul Lucien sut montrer une âme bien trempée. N’avait-il pas apporté une touche décisive au coup d’Etat du 18 Brumaire ? Ne devait-il pas son élévation à son propre génie ? N’avait-il pas prévu l’écroulement de l’édifice napoléonien dès 1806 ? Aussi se heurta-t-il à l’autoritarisme de son frère. Plutôt que de composer, il préféra l’exil. A ses côtés, le triste Louis ou le doux Joseph semblaient bien pâles. Jaloux, mesquins, ils ne songèrent qu’à profiter des apparences du pouvoir, se montrant terriblement ingrats envers l’homme auquel ils devaient tout. Bien sûr, il était tentant aux yeux d’un Joseph de s’affranchir de ses pauvres origines pour s’estimer investi d’une autorité séculaire, fondée sur le droit divin. L’auteur manque toutefois d’un peu d’indulgence à son endroit dans son jugement final : force est d’admettre que l’Espagne était un « cadeau empoisonné », un fardeau que Joseph porta de son mieux. Quand il souhaitait agir à sa guise, il ne s’apercevait pas que Napoléon l’avait placé là tel un pion sur un échiquier. De même, Louis parvint à susciter l’affection de ses sujets néerlandais, un véritable tour de force étant donné le mépris que ce peuple vouait au régime monarchique.

N’en déplaise à la légende noire, les frères de Napoléon contribuèrent invariablement à la modernisation de leurs Etats, se gardant bien d’exécuter servilement toutes les ordonnances impériales qui risquaient d’engendrer des émeutes ou de ruiner le faible crédit dont la France jouissait encore. Au lendemain de la chute de l’Empire, ils révélèrent tous une extraordinaire aptitude à tirer parti de la gloire attachée à leur nom et coulèrent des jours heureux avant de passer de vie à trépas. Le pittoresque de ces quatre destinées, à la fois insolentes et fabuleuses, convenait donc bien à la plume de Frédéric Hulot, qui loin de s’embarrasser de notes et de références, restitue avec l’aisance du romancier l’avènement et la déconfiture d’une famille peu ordinaire.

Nicolas Pavillon

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Titre : Les frères de Napoléon
Auteur : Frédéric Hulot
Editeur : Pygmalion
Nombre de pages : 300
Publication : janvier 2006
Prix : 21,50 €
ISBN : 2-7564-0033-5

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