Le souvenir de la Grande Guerre ne veut décidément pas mourir. Malgré la disparition des derniers poilus, la mémoire du premier conflit mondial reste effectivement très vive dans l’opinion et la société françaises de ce début du XXIe siècle. Cette appétit mémoriel explique sans doute partiellement l’intérêt renouvelé de l’historiographique pour ce champ chronologique dont l’étude a été profondément renouvelée ces vingt dernières années.
A la relation factuelle des faits et à la publication de nombreux souvenirs et témoignages dans l’entre-deux-guerres a succédé une longue période de désintérêt après la seconde guerre mondiale. Les années quatre vingt ont vu néanmoins une nouvelle génération d’historiens s’intéresser de près à la « Der des Ders ». Ce phénomène s’est très nettement amplifié après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc de l’Est.
Le développement progressif – des années cinquante aux années quatre vingt dix – d’une discipline historique riche en concepts nouveaux, empruntés notamment à la sociologie, a néanmoins profondément marqué les chercheurs. Refusant désormais une « histoire bataille » événementielle et politique vouée aux gémonies, les historiens ont davantage privilégié une histoire culturelle de la guerre, des sociétés et du monde combattant selon une approche de plus en plus anthropologisante mais par conséquent quelque peu déshistoricisante.
Il faut donc saluer, avec ce livre regroupant les actes d’un colloque tenu à l’Université de Metz en mai 2009, un signe de renouveau sous la forme du retour à un classicisme novateur, selon la belle expression de François Cochet dans son introduction à cet ouvrage. En effet, le pli pris depuis plusieurs années par la recherche sur la Grande Guerre a eu une nette tendance à négliger ce qui fait la base du travail de l’historien : le dépouillement puis l’étude critique et enfin la mise en perspective des archives. Dans ce contexte, la connaissance des familles politiques et celle de leur attitude pendant le conflit demeurent particulièrement négligées.
Pourtant, dans l’histoire du socialisme français, la première guerre mondiale constitue indéniablement une rupture majeure. La participation de la pacifiste SFIO et le ralliement de la majorité de ses cadres à l’Union sacrée donnent à voir la complexité de la position des socialistes français. Aujourd’hui, ce n’est plus la validité ou la pertinence de ce choix qui est discutée. Le fait de savoir si les socialistes du temps ont trahi leur idéal révolutionnaire est effectivement un débat des années vingt. Pour autant, le poids occupé par ce poncif a jusqu’ici occulté toute tentative sérieuse d’appréhender globalement l’expérience politique, ministérielle, parlementaire et combattante des socialistes. Car face à la guerre, les socialistes ne constituent naturellement pas un bloc monolithique aux positions homogènes. Néanmoins, les clivages nés dans la guerre ne recouvrent pas forcément ceux qui existaient au sein du parti avant le conflit dans la mesure où « la guerre politise de nouveaux objets ».
Ce sont d’abord les expériences du pouvoir et l’implication dans l’effort de guerre de ministres socialistes comme Marcel Sembat ou Albert Thomas, qui sont interrogées. Ensuite, l’opposition socialiste à la guerre – certes minoritaire mais pas inexistante – est appréhendée à travers le destin personnel de certains d’entre eux, par le biais de la politisation des mutins de 1917 ou encore à la lumière du positionnement évolutif du groupe socialiste à la Chambre des députés ou des élus locaux et nationaux à l’échelle du département ou de la commune. Enfin, la comparaison avec les cas belge, russe ou britannique démontre que la guerre n’a pas interrompu les contacts. C’est certainement dans le « socialisme de l’exil » que la contestation de la justesse de la guerre a été la plus forte.
Si les contributions ici rassemblées nécessitent quelques pré-requis sur la première guerre mondiale, l’amateur éclairé y trouvera néanmoins matière à réflexion.
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