Juin 1940 : la France, soufflée par l’invasion allemande, capitule après six semaines de campagne. Mai 1945 : à Berlin, le général De Lattre de Tassigny signe au nom de la France l’acte de capitulation sans conditions de l’Allemagne vaincue, provoquant un grommellement du Generalfeldmarschall Keitel : « Les Français aussi ? » A quoi ajoute un officier américain : « Et pourquoi pas la Chine ? » L’anecdote en dit long sur le discrédit dont a longtemps été environnée l’armée française au cours de la Deuxième Guerre Mondiale. Considérée comme la première du monde à la suite de la victoire de 1918 (dont on sait pourtant qu’elle n’aurait jamais été remportée sans l’appui des Britanniques, des Américains et, jusqu’en 1917, des Russes), l’armée française s’est trop vite effondrée au printemps 1940 pour espérer se remettre rapidement d’un tel traumatisme.
Et pourtant, par delà l’humiliation de l’an Quarante, il se trouve que des officiers et des soldats français ont su, par endroits, restaurer l’honneur de leurs armes, ce dès les débuts de la guerre, comme le rappelle Dominique Lormier. L’offensive allemande du 10 mai 1940 s’est en effet heurtée, en plusieurs points, que ce soit en Belgique ou en France, sur la Meuse comme sur la Somme, à Montcornet ou à Gembloux, à Amiens comme à Rethel, à une résistance acharnée de certaines unités, voire des succès tactiques, malheureusement isolés et éphémères, mais prouvant que, bien commandé, le soldat français n’avait rien à envier aux « surhommes teutoniques ». L’armée française saura également s’accrocher à la ligne Maginot, de même qu’aux Alpes, prises d’assaut par une armée italienne supérieure en nombre (mais, il est vrai mal préparée au conflit).
Dominique Lormier s’intéresse ensuite aux exploits des Forces françaises libres, notamment en Afrique du Nord, à Koufra ou Bir Hakeim, en attendant l’entrée en jeu du corps expéditionnaire en Italie, et la libération de la France, avec l’intervention de la 2ème D.B. de Leclerc, dont l’épopée s’achèvera à Berchtesgaden, celle de la Ière Armée de De Lattre, qui débarquera en Provence et ne s’arrêtera qu’à Stuttgart. Sans oublier le rôle majeur joué par les soldats français dans l’isolement des forteresses allemandes de l’Atlantique. Ou les coups d’éclat de la conquête de l’Île d’Elbe et de la Corse.
Le livre de Dominique Lormier est un ouvrage de vulgarisation, dépourvu donc de notes de référence mais de lecture aisée et agréable. Même s’il ne saurait dissimuler le fait que ces victoires militaires françaises ont davantage constitué l’exception que la règle (la Wehrmacht, en 1940, a tout de même « ramassé » 1.800.000 prisonniers après une offensive relativement brève), l’ouvrage révèle un aspect oublié de l’armée tricolore, où l’esprit de sacrifice cohabite avec un réel sens de la modernité militaire. De quoi, finalement, justifier la présence de la France - celle de la République - aux côtés des Alliés lors de la signature de l’acte de reddition allemande...
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