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Lettres d’amour 1585-1610

"J’ai tellement envie de vous"

Henri IV

Henri IV incarne, dans la mémoire nationale, « le bon Roi Henri », le regard rieur, la barbe aussi blanche que la prétendue couleur de son cheval, l’homme de la « poule au pot », le grand pacificateur. Avec Charlemagne, Napoléon et De Gaulle, il fait partie des plus populaires de nos monarques. Son tragique assassinat par Ravaillac, le 14 mai 1610, n’a pas peu fait pour nourrir cette réputation aussi confortable qu’intemporelle, presque semblable à la légende entourant John Kennedy aux Etats-Unis, également victime d’un attentat tout aussi controversé. De manière encore plus surprenante, ces deux personnalités d’exception partageaient un autre trait commun : un amour immodéré des femmes.

De manière presque paradoxale pour un individu issu de la très luthérienne Jeanne d’Albret, Henri IV était un grand séducteur. Pas un consommateur, du moins pas entièrement : il ne conquérait pas seulement les femmes pour leur corps, mais pour ce qu’elles étaient, dans leur totalité, bref il aimait être aimé par elles. Pour cela, tous les moyens étaient bons, sauf évidemment la contrainte. Le Roi sut user de son statut d’homme de pouvoir, multiplier cajoleries et mensonges, pour parvenir à ses fins, allant jusqu’à faire arranger un mariage entre sa dernière maîtresse, Charlotte de Montmorency, avec le Prince de Condé, réputé homosexuel, pour la garder près de lui sans éveiller un excès de jalousie de sa légitime épouse Marie de Médicis… Il n’abandonna cependant pas la couche conjugale, se plaisant également à courtiser Marie, à essayer de l’aimer, même si cette dernière eut à subir la présence d’Henriette d’Entragues, personnalité calculatrice, « idole honteuse » comme le clameront des chroniqueurs, mais avec qui le Roi entretenait une liaison passionnelle par excellence, et dont il peinait, du même coup, à s’extraire. Toujours est-il qu’Henri IV, s’il trompait souvent, n’aimait pas être trompé, et s’il régnait, n’aimait pas être gouverné : tout à sa simplicité, il restait un homme de son temps – et plus qu’un homme : un Roi.

L’ouvrage édité par l’historienne Françoise Kermina revient sur ces aventures parfois tumultueuses d’un monarque perpétuellement en manque d’affection féminine, reproduisant les nombreuses missives – souvent extrêmement courtes, sous forme de billets – que le Roi adressait à ses courtisanes, en particulier quatre d’entre elles : Diane d’Andoins, dite Corisande, qu’il fréquenta de 1585 à 1591, puis Gabrielle d’Estrées, de 1591 à 1599, Henriette d’Entragues (la légende noire des maîtresses royales), de 1599 à 1609, pour finir par Charlotte de Montmorency, laquelle, enlevée par son époux désireux de la soustraire à la passion du Roi, faillit bien être à l’origine d’une guerre que seul le poignard de Ravaillac tua dans l’œuf. L’on trouvera également des billets confectionnés par Henri à l’attention de Marie de Médicis, révélant qu’elle ne fut point délaissée, mais point davantage… isolée, ce qui fut, pour cette Italienne connaissant mal la culture française, tout le problème. Indéniablement, cette correspondance révèle qu’Henri IV savait écrire, sachant se mettre en avant pour susciter la pitié « maternelle », sans renier sa virilité, à peine dissimulée derrière un langage galant, presque précieux, en toute hypothèse on-ne-peut-plus affectueux. Quand la lettre s’achevait par « Je vous baise un million de fois les mains » (ou « les yeux »), la favorite n’avait rien à craindre pour sa liaison, en dépit des continuelles infidélités du monarque – mais ce dernier venait-il à conclure par un simple « je vous baise les mains », voire aucune formule de politesse, et il fallait comprendre que la rupture était consommée…

Car si Henri IV succomba souvent aux sirènes de l’amour, ou aux affres de la passion, il connut le malheur que peut représenter la fin d’une liaison, et l’amertume misérable que suscitait en lui un amour perdu confère à ses écrits une profondeur plus grande que ses billets parfois primesautiers. A cet égard, la lettre qu’il adressa, fin 1608, à Henriette d’Entragues, devenue marquise de Verneuil (et qui le trompait avec le Duc de Guise), est éclairante à plus d’un titre, et c’est pourquoi elle conclut cette recension : « Ce n’est pas paresse qui vous prive de mes nouvelles, mais la créance que cinq années m’ont par force imprimée, que vous ne m’aimez pas. Vos effets ont, durant ce temps-là, été si contraires à vos paroles et à vos écrits et, disons plus, à l’amour que vous me devez qu’enfin votre ingratitude a accablé une passion qui a plus résisté que n’eût su faire dans tout autre. Vous ressouvenant combien de peines j’en ai portées, s’il vous reste tant soit peu d’affection, vous devez en avoir du regret. Je tiens en une chose de la divinité que je ne demande que la conversion, non la mort, c’est à vous parler français là-dessus que j’entendrai toujours fort volontiers, étant ma langue d’inclination. Si vous avez le diable au corps, attendez-là, si quelque bon diable vous possède, venez à Marcoussis où, étant plus près, les effets s’en connaîtront mieux. »

Nicolas Bernard

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Titre : Lettres d’amour 1585-1610. "J’ai tellement envie de vous"
Auteur : Henri IV
Présentation : Françoise Kermina
Editeur : Tallandier
Nombre de pages : 251
Publication : février 2010
Prix : 21 €
ISBN : 978-2847346459

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