Les grandes Révolutions ayant généralement été menées par les hommes, il n’est pas rare de voir que les femmes sont demeurées, tout aussi généralement, confinées à leur statut permanent dans la société : objets sexuels, ou moyens d’assurer la reproduction. Les mémoires, édifiants, de Zhimei Zhang, née dans la Chine des années trente, et témoin de l’occupation japonaise, de même que de la chute du régime nationaliste, et de l’arrivée au pouvoir du communisme maoïste, confirment malheureusement le propos.
Avec une grande lucidité que permet le recul des années, Zhang Zhimei, qui a pu acquérir la nationalité canadienne en 1989, revient sur sa vie au sein d’une Chine bouleversée par la dictature de Mao. Le livre tient à la fois du roman d’apprentissage d’une jeune fille dans un univers à la George Orwell, où la notion d’« ennemi » elle-même fluctue au gré des échecs intérieurs du régime. C’est ainsi que l’auteure, envoyée en Allemagne de l’Est au début des années cinquante dans le cadre d’une mission commerciale chinoise vers un « pays frère », aura à rendre des comptes, au cours de la « Révolution culturelle », de ce voyage pourtant commandé par les autorités ! Les chaos suscités par le « Grand Bond en Avant » et la « Révolution culturelle » nous sont également dépeints dans toute leur horreur et leur crasse stupidité.
Zhimei Zhang rappelle également, non sans malice parfois, que la Révolution n’a guère changé la mentalité masculine. L’auteure relate ainsi les cas de harcèlement sexuel dont elle a été victime, de même que ses mésaventures conjugales, facilitées par une conception archaïque des rapports matrimoniaux de la part du système communiste. Ce n’est que sur le tard, dans les années soixante-dix, qu’elle connaîtra - enfin, si l’on peut dire - le grand amour, en la personne d’un enseignant canadien qui saura lui révéler son talent d’écrivain - sans nécessairement assumer toutes ses responsabilités d’amant...
Grâce à ce témoignage, nous bénéficions d’une vision de l’intérieur de la Révolution chinoise, souvent terrible, parfois ironique, en tous les cas amère, sans que l’écrivaine se soit laissé aller au désespoir, bien au contraire. Outre d’être d’une indéniable valeur historique, Ma vie en Rouge est d’abord une formidable leçon de vie et d’espoir.
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