| www.histobiblio.com souhaite la bienvenue à tous nos visiteurs. | Suivre la vie du site  RSS

Mao Tsé-Toung

Philip Short

Quelques années après la mort de Mao Tsé-Toung, le Comité central du parti communiste chinois approuva une résolution affirmant qu’en dépit de « grossières erreurs » pendant la Révolution culturelle, « ses mérites venaient en premier et ses fautes en second » dans une proportion de sept contre trois. La formule aux piquantes apparences mathématiques permettait à Deng Xiaoping et aux hommes de la vieille garde de liquider tout ce qu’ils haïssaient dans la politique de Mao sans guère ébranler la légitimité du gouvernement communiste. Ayant sacrifié un pan de son idéologie, le PCC ne pouvait s’offrir le luxe d’enterrer le mythe de son fondateur.

Pourtant, Mao laissait un héritage ambivalent, émaillé de contradictions, de projets titanesques et de crimes sanglants. Le colosse avait arraché la Chine à son apathie moyenâgeuse pour la précipiter dans le concert des nations modernes. Le pays n’eût jamais connu son extraordinaire « éveil » sans la tutelle qu’il lui imposa. Durant sa vie, la semi-colonie devint grande puissance, de victime dépouillée par le pillage impérialiste, elle accéda au rang de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU muni de la bombe H et de satellites de surveillance. Mao fut en effet un curieux mélange de talents : il était visionnaire, homme d’Etat, politique rusé et stratège lucide, philosophe et poète à ses heures perdues. Son parcours n’avait rien de rectiligne, mais qu’importaient à ses yeux les pertes humaines pourvu que l’oeuvre reçût la consécration espérée. Pour lui, tuer les opposants était une conséquence logique de ses desseins politiques plus vastes.

Les mesures de rectification, les purges successives du parti, les implications sinistres du Grand Bond en avant ou les exactions terribles des gardes rouges pavèrent le chemin qu’avait emprunté le « Grand Timonier ». L’auteur se garde bien cependant de confondre Mao avec ses confrères en tyrannie : « Staline se souciait de ce que ses sujets faisaient (ou pouvaient faire) ; Hitler, de ce qu’ils étaient ; Mao, de ce qu’ils pensaient ». Mao gouverna pendant vingt-sept le pays le plus peuplé au monde. Il sut mener la barque de la révolution chinoise avec un esprit d’indépendance aigu à l’égard de la Russie soviétique. Son biographe évoque également les mille et une subtilités de l’ouverture de la Chine au géant américain lors de la visite de Nixon et de Kissinger à Pékin en 1972.

Au lendemain d’une longue immersion dans l’univers chinois qui lui apporta une parfaite familiarité avec la langue, l’histoire et le mode de vie de l’Empire du Milieu, Philippe Short sut composer avec clarté et érudition le destin tortueux et le portrait aux multiples facettes de l’homme Mao, de ses enivrantes années de formation et de combat jusqu’à son interminable déchéance, de son goût prononcé pour les lettres à sa condamnation absolue de toutes les « déviances » culturelles, de ses inlassables efforts pour tirer la Chine de sa torpeur millénaire à l’édification par ses soins d’un régime indifférent au prix de la vie humaine.

Nicolas Pavillon

- Pas de vente par correspondance, commander cet ouvrage sur Amazon.fr

Titre : Mao Tsé-Toung
Auteur : Philip Short
Editeur : Fayard
Nombre de pages : 673
Publication : Septembre 2005
Prix : 26 €
ISBN : 2-213-62607-3

Histobiblio.com - la bibliothèque de l'Histoire est un site proposé par l'association Historialis

Responsables légaux : Matthieu Boisdron, Renaud Meunier, Nicolas Pavillon

Suivre la vie du site RSS | Plan du site | Refonte par h3w.fr - services internet de proximité à prix libre