L’image des martyrs dévorés par les lions ou torturés par les Romains s’est greffée dans la mémoire collective - du moins celle façonnée par deux mille ans de chrétienté. Le roman, le film l’ont popularisée - et la sortie très récente du classique Quo Vadis en format DVD ne contribuera pas à rétablir l’équilibre historique. En ce sens, le livre de Philippe Valode, historien éclectique et rigoureux, nous aide à mieux comprendre les premiers siècles de développement du christianisme, et ses rapports tumultueux avec l’Empire romain. Le tout avec clarté et simplicité, dans l’esprit de la collection « L’Histoire comme un roman ».
Les premiers chrétiens ont du se distinguer des autres religions, en particulier le judaïsme - la rupture intellectuelle étant consacrée par Paul de Tarse - de manière à acquérir une portée universaliste. Ils ont su s’organiser, de manière à constituer des entités hiérarchisées, calquant de plus en plus le modèle de l’administration romaine, développant les premières coutumes qui deviendront les dogmes de cette religion (symbole de la croix, naissance des églises, prières). Ils se tiennent tranquilles, certes, mais le pouvoir romain ne sait toujours adopter une politique cohérente. Les pires rumeurs courent à leur sujet, en particulier sur leurs mœurs, jugées obscènes. Surtout, leur attitude équivoque envers l’Empereur - à qui ils obéissent, mais tout en lui déniant toute valeur de suprématie - les expose aux persécutions.
Ces dernières n’en sont pas moins tributaires de la personnalité même des différents « César » qui se sont succédé à la tête de l’Empire. L’exposé révèle quelques paradoxes : les persécutions seront plus sanglantes sous le règne du « sage » Marc-Aurèle, à l’inverse de son successeur, le « brutal » Commode, qui saura au contraire faire preuve d’indulgence (sous l’influence de sa maîtresse chrétienne, Marcia ?). Elles n’empêchent, en toute hypothèse, pas la religion chrétienne de prospérer, de se diversifier... et de gagner en cohérence idéologique, dans la mesure où la hiérarchie mise en place ipso facto commence à règlementer l’organisation de l’Eglise et à déterminer les modes de conduite des adeptes du Christ, y compris jusque dans l’intimité.
Le christianisme se trouvera consacré au IVème siècle, grâce à l’Empereur Constantin, soucieux de moderniser l’Empire en ayant recours au cadre intellectuel le plus dynamique - en l’occurrence, celui des chrétiens ! Le christianisme, non sans aléas, finira même par devenir religion d’Etat, ce qui se traduira par une active politique répressive à l’encontre des coutumes païennes, et des courants « hérétiques », tels que l’arianisme. Ce triomphe aura eu ses martyrs, peut-être 10.000 précise Philippe Valode (dont la fameuse Blandine de Lyon, qui fait l’objet d’un chapitre), mais n’en témoigne pas moins de la rupture historique que constitue l’irruption de cette religion au sein du plus puissant empire du monde.
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