A l’est de l’Europe, à l’issue de la première guerre mondiale, c’est une carte politique profondément remodelée qui voit le jour. Dans le contexte diplomatique particulier de ce premier après-guerre, la France a un rôle majeur à jouer elle qui est considérée comme la principale puissance continentale du temps, auréolée du prestige d’une victoire chèrement acquise. Face à l’Allemagne et à la Russie bolchevique - Russie qui constituait auparavant une précieuse alliance de revers dirigée contre Berlin - Paris noue bien naturellement des liens avec des capitales qui bénéficient très largement des conditions de paix : Varsovie, Prague, Bucarest ou encore Belgrade s’associent donc, pour certaines entre elles, et toutes avec Paris.
Toutefois, la Petite Entente qui rassemble Roumanie, Tchécoslovaquie et Yougoslavie est incomplète du fait de l’absence de la Pologne. C’est qu’un lourd contentieux vient obérer les relations polono-tchécoslovaques dans un contexte d’exacerbation nationaliste prégnant. Le territoire de Teschen, dont une partie a été arrachée par Prague lors de la guerre polono-soviétique de 1920, est effectivement une pomme de discorde qui pourrit les rapports entre les deux pays. Le livre d’Isabelle Davion montre les efforts bien réels entrepris par la diplomatie française pour rapprocher ses partenaires. Pour autant, si l’auteur note un sensible rapprochement dans la seconde moitié des années vingt et jusqu’au début de la décennie suivante, c’est pour mieux s’attarder sur la brutale et sévère dégradation qui survient par la suite, notamment sous l’influence de l’arrivée au pouvoir d’Hitler qui, courtisant la Pologne, obtient d’elle la signature d’un traité de non-agression en 1934. La crise tchécoslovaque marque l’effondrement des espérances françaises à partir du moment où la Pologne profite du démembrement de son voisin méridional pour lui arracher les provinces perdues vingt ans plus tôt.
Frédéric Dessberg, dans une thèse récente publiée dans la même collection des éditions Peter Lang, considérait la Pologne comme un facteur dissolvant des relations franco-soviétiques. Force est de constater que ce travail renforce l’analyse de l’historien. La thèse d’Isabelle Davion démontre une nouvelle fois - et s’il le fallait encore - qu’à l’est de l’Europe le « système » d’alliance français ne constituait pas - loin s’en faut - un bloc homogène et solide. Elle vient appuyer le profond renouvellement de l’analyse des relations internationales européennes de l’entre-deux-guerres, engagé depuis près d’une dizaine d’années déjà par de jeunes chercheurs prolifiques qui ont bénéficié de l’ouverture d’archives inédites, croisées à travers différents pays.
Possibilité de commander en ligne sur www.peterlang.com.