Si les prétentions de l’Italie fasciste sur les possessions ultramarines françaises dans les années d’avant-guerre sont connues, les revendications espagnoles vis-à-vis des colonies nord-africaines le sont, quant à elles, beaucoup moins. L’ouvrage d’Alfred Salinas fait le point sur la question cruciale que constituait pour le gouvernement franquiste le statut de la ville d’Oran. Espagnole pendant près de trois siècles, la ville semblait, au début de la seconde guerre mondiale, une proie a priori facile pour le tout jeune état fasciste.
Effectivement, si au début des années quarante les nationalistes espagnols sont à peine sortis vainqueurs d’une éprouvante guerre civile, ils ont trouvé dans la défaite de la France et les premiers succès germano-italiens un net encouragement à leurs ambitions de conquêtes. Comme l’explique l’auteur, malgré la coopération franco-espagnole du début des années vingt en Afrique du Nord, notamment au Maroc pendant la guerre du Rif, les rivalités entre les deux pays sont sensibles et d’ailleurs particulièrement exacerbées en Espagne.
Revendiquant activement l’Oranie auprès d’Hitler et de Mussolini, massant à cet effet plus de 150 000 hommes à la frontière tout en encourageant l’activité séditieuse dans la ville par l’intermédiaire du Consulat franquiste et de ses phalangistes, le Caudillo a activement cherché à déstabiliser la région à son plus grand profit. Le soutien particulièrement modéré de l’Allemagne et de l’Italie à ses projets, le maintien de Madrid dans la non-belligérance et, enfin, le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en 1942 ont sonné le glas des espérances franquistes.
Dans cette étude très fouillée, c’est tant aux manœuvres politiciennes et diplomatiques d’un pouvoir colonial chancelant, qu’à l’attitude et finalement aux déceptions d’une population issue en grande partie de l’immigration espagnole que s’intéresse Alfred Salinas.
Possibilité de commander en ligne, sur le site des éditions l’Harmattan