Fait spectaculaire, décisif, la conversion de l’Empereur romain Constantin au christianisme en 312 ap. JC. permettra à cette religion de mieux s’imposer aux peuples de l’Empire, même si la victoire ne sera pas totalement acquise pour autant. Longtemps, on a voulu voir dans ce geste du dernier conquérant militaire du trône impérial un moyen de rallier à lui les suffrages chrétiens afin de consolider son autorité. Ce qui, à bien y réfléchir, eût au fond été stupide : les chrétiens ne réunissaient qu’un dixième de la population totale romaine ! Ce grand général et subtil politique qu’était Constantin aurait-il donc commis une telle erreur d’appréciation ? Evidemment non, et en ce cas sa conversion résulte d’autres causes.
Paul Veyne, au fil d’une puissante démonstration où l’érudition est magnifiquement servie par son grand style littéraire, défend ici une version si simple qu’on en avait oublié sa force de conviction. Constantin, écrit-il, s’est converti non par opportunisme, mais par foi. A cet homme d’action, seul convenait le dynamisme de cette nouvelle religion. Convaincu par le monothéisme, soucieux de répandre le message du Christ sans pour autant contraindre ses sujets, il permettra à l’Eglise d’afficher au grand jour sa puissante structure administrative à travers l’Europe latine. L’Empereur saura, en l’occurrence, faire preuve de la modération qui manquera à l’Inquisition, dissimulant son jeu, procédant par étapes, de manière à ne point trop froisser les païens encore majoritaires. Par d’habiles mesures (institution légale du repos dominical, interdiction des sacrifices aux démons), il favorisera l’insinuation du christianisme chez ces esprits à sauver. Ce n’est toutefois qu’à la fin du IVe siècle qu’après moult rebondissements le christianisme deviendra religion d’Etat.
En ce sens, il s’agit bel et bien d’une Révolution, et Constantin était bel et bien un révolutionnaire conscient. Le christianisme était bien trop universaliste pour être assimilé aux autres religions de l’Empire. Il a contribué au développement des idées, à l’unité des consciences, tout en s’adaptant aux réalités locales - favorisant ainsi l’émergence de courants internes préfigurant les schismes. Surtout, il a préparé le terrain à une spécificité historique de ce continent, annonçant le protestantisme et son dynamisme économique. Comme le conclut magistralement Paul Veyne, « l’Europe n’a pas de racines, chrétiennes ou autres, elle s’est faite par étapes imprévisibles, aucune de ses composantes n’était plus originale que l’autre. »
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