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Qui a vraiment tué Henri IV ?

François Pernot

Il est de ces crimes politiques qui se colorent à jamais de mystère. A l’instar de l’assassinat du Président américain John F. Kennedy, le meurtre d’Henri IV par Ravaillac le 14 mai 1610 n’a cessé, depuis quatre siècles, d’alimenter de nombreuses spéculations quant à l’identité des éventuels commanditaires ou complices de ce dernier. Car s’il est acquis, pour nos manuels scolaires, que le coupable était bel et bien ce géant roux doublé d’un « fou de Dieu », les contemporains, et les historiens qui ont suivi, ont immédiatement soupçonné quelque complot. Ce qui peut, effectivement, se comprendre, et à deux titres, comme le montre cet ouvrage de François Pernot.

Tout d’abord, ce monarque affectueusement surnommé le « Vert Galant » n’était pas aussi populaire que ne le veut la légende, en dépit du fait qu’il avait pacifié la France : moult conspirations l’avaient visé, et avaient été déjouées lorsqu’elles n’avaient pas avorté. Les extrémistes du catholicisme, les Jésuites, l’Espagne redoutaient aussi bien qu’ils méprisaient ce « parvenu » issu des rangs de l’hérésie « huguenote ». Cette haine était d’autant plus violente qu’Henri IV se préparait à déchaîner la guerre et envahir les Pays-Bas espagnols soumis à l’archiduc Albert d’Autriche, de manière à récupérer Charlotte-Marguerite de Montmorency, l’élue de son cœur littéralement enlevée par son époux, le Prince de Condé, qui s’était réfugié à Bruxelles. N’exagérons rien, toutefois : comme le rappelle avec pertinence François Pernot, cette guerre n’est pas simplement la résultante d’un dépit amoureux, mais s’inscrit au contraire dans une stratégie de rabaissement de l’influence des Habsbourg en Europe, le sauvetage de Charlotte n’étant que l’incident qui lèvera les dernières hésitations du Roi à se lancer dans pareille aventure, alors que la France est, diplomatiquement, isolée. A cet égard, son assassinat arrangera considérablement les affaires de ceux qui auraient pu se trouver de l’autre côté de la ligne du futur front, puisque intervenant après le sacre de Marie de Médicis, et avant le départ d’Henri IV pour rejoindre ses armées, mettant ainsi un terme provisoire à tout risque de conflit en affaiblissant – et de quelle manière ! – le pouvoir exécutif. Une coïncidence assurément remarquable.

Ensuite, l’assassinat du Roi contribue à jeter les bases d’une vision mythique du personnage. Les Guerres de Religion avaient permis d’élaborer un corpus doctrinal autorisant l’atteinte à la personne royale dans l’hypothèse où cette dernière s’éloignerait des préceptes divins, ces théories régicides ayant sans doute influencé l’influençable Ravaillac. Le choc né de l’événement, la peur de la guerre civile – qui, finalement, n’aura pas lieu – entraînent, à ce titre, un revirement intellectuel, confortant au contraire la prééminence royale et entamant le processus qui mènera à l’absolutisme pour éviter que pareille horreur ne se reproduise (ce qui n’empêchera pas un Damiens de poignarder Louis XV). Par ailleurs, le peuple français réalise que ces années de pacification constituent un acquis indéniable, et regrette tout à coup ce monarque dont la grandeur se révèle finalement après sa disparition : la légende, pas si usurpée, du « bon Roi Henri », venait de naître. Et la mort d’un chef d’Etat aussi charismatique, aussi marquant, aussi controversé aussi, ne pouvait, aux yeux de certains, être le seul produit de la folie d’un médiocre : il fallait que l’acte de Ravaillac ait été le résultat d’un complot tramé par de plus puissants personnages.

François Pernot, après avoir exposé les faits entourant la journée du 14 mai 1610 et ses suites, revient ainsi sur ces mystères, prétendus ou réels, d’une affaire qui n’en finit pas, tentant de départager les faits avérés et les hypothèses, avec une réelle objectivité. Sans fondamentalement rejeter l’éventualité d’un complot, l’historien français semble se rallier, et de manière convaincante, à l’hypothèse selon laquelle Ravaillac a fort bien pu agir seul. Ce dernier n’a-t-il pas juré, sous la torture et ce jusqu’à la mort, n’avoir jamais eu le moindre complice ? Les preuves du complot, de surcroît, se révèlent souvent des indices, des présomptions, voire de simples spéculations. Si la conduite de certains contemporains, en particulier le Duc d’Epernon, se révèle troublante, si on ne peut totalement exclure qu’un groupe d’assassins ait prévu de frapper Henri IV le même jour (et aurait été devancé par Ravaillac, ou aurait jeté son dévolu sur lui), il n’en demeure pas moins que la thèse de l’assassin solitaire demeure à ce jour la plus crédible, la plus plausible. A ce titre, l’ouvrage de François Pernot, qui s’abstient de prendre partie, aide indéniablement les lecteurs-jurés que nous sommes à nous forger une opinion, voire une intime conviction.

Nicolas Bernard

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Titre : Qui a vraiment tué Henri IV ?
Auteur : François Pernot
Editeur : Larousse
Collection : L’Histoire comme un roman
Nombre de pages : 255
Publication : avril 2010
Prix : 18 €
ISBN : 978-2035845924

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