Deux mille ans auparavant eut lieu l’une de ces batailles qui, dit-on, décident du sort de tout un continent. En octobre de l’an 9 ap. J.C., plus de 20.000 légionnaires romains regroupés en trois légions, revenant d’une expédition menée en Germanie, furent exterminés par des milliers de guerriers chérusques conduits par Arminius, jadis officier de l’armée romaine. Ce désastre, dit de Teutoburg, marqua virtuellement le terme de la colonisation de la Germanie au-delà du Rhin. Les légions impériales eurent beau, par la suite, écraser les Chérusques au cours d’une campagne punitive, elles ne purent se maintenir en Germanie, décimées qu’elles furent par les aléas climatiques. Or, ce fut de cette région que déferlèrent, plus de trois siècles plus tard, les « invasions barbares »…
L’épisode de Teutoburg a fait depuis l’objet d’une construction mémorielle, en Allemagne, similaire à celle de l’édification du mythe gaulois en France, Arminus – Hermann, outre-Rhin – étant devenu l’équivalent de Vercingétorix, héros national résistant victorieusement à l’envahisseur latin. La réalité, comme toujours, apparaît plus complexe que la légende. Le désastre romain de Teutoburg, démontre Luc Mary dans cette vivante synthèse, n’était pas inscrit dans les astres, et doit être interprété à la lumière du contexte, celui d’une occupation romaine de la Germanie qui s’est révélée créer des contacts entre civilisations, mais a été également source d’abus, fédérant ainsi des tribus germaines désireuses de recouvrer leur indépendance. Or, l’incompétence militaire du légat Varus, le gouverneur local, n’a eu d’égale que les extraordinaires aptitudes d’Arminius, Chérusque servant l’armée romaine mais décidé à lutter contre l’Empire. Arminius, lui, a percé le point faible des légions : en combat frontal, elles sont invincibles, mais un harcèlement continuel de leurs lignes de communications en territoire forestier serait à même de mener à leur anéantissement. Cette stratégie de guérilla a porté ses fruits, aboutissant à l’une des pires débâcles que connaîtra l’armée impériale, au point de susciter la dépression du Princeps Auguste.
Luc Mary nous raconte cette sanglante page d’histoire avec un réel talent pédagogique, nous entraînant à sa suite aux confins de l’Empire romain, dans les forêts de Germanie, où se posent les fondations de cet affrontement décisif. De cet épisode bien plus passionnant qu’un simple péplum, il nous en rappelle également les conséquences, sur le moment comme sur la longue durée : indéniablement, Teutoburg aura contribué à vicier la puissance romaine, à l’instar d’autres défaites (Cannes, Andrinople, etc.) qui font l’objet d’une rapide description en annexe…
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