Dans cette imposante biographie en deux volumes issue de sa thèse, Raphaële Ulrich-Pier s’est intéressée à un personnage relativement peu connu du grand public qui a pourtant été un des rouages essentiels de la diplomatie française au cours du XXème siècle : René Massigli.
Issu d’une famille protestante, fils d’un professeur de droit, René Massigli est avant tout un homme de lettres, formé à l’Ecole normale supérieure où - nous le rappelle Raphaële Ulrich-Pier - se sont croisés, à cette époque, nombre de ceux qui guideront la politique extérieure de la France sous la IIIème République finissante. L’étude de ces années nous montre un jeune homme très brillant, ancré dans son époque et membre à part entière de l’élite intellectuelle de ce temps. Maître de conférence en Histoire, Massigli se serait certainement exclusivement orienté vers l’enseignement si n’avait éclaté la guerre. C’est effectivement à l’occasion du règlement du conflit, pendant la Conférence de la paix à Paris en 1919, que René Massigli entre - presque par hasard et en tout cas sans titre officiel à ses débuts - dans « la carrière » diplomatique.
Cette étape marque le début d’une ascension dont l’apothéose surviendra dans les années trente. Secrétaire général de la Conférence des Ambassadeurs jusqu’en 1920, il assiste au plus près aux négociations internationales de l’époque. Ces années de formation le mettent ainsi au contact d’une réalité diplomatique complexe et révèlent chez lui des aptitudes certaines, d’ailleurs bien étonnantes de la part d’un spécialiste de l’histoire du christianisme des premiers siècles de notre ère. Il n’intègre officiellement l’administration des Affaires étrangères qu’en 1928, date à laquelle il devient le chef du Service français de la Société des Nations. À ce poste - entre Paris et Genève - il déploie une activité débordante et participe notamment à la conférence du désarmement (1932-1934). Nommé directeur des Affaires politiques et commerciales au Quai d’Orsay en 1937, il s’oppose aux accords de Munich et à la politique « d’apaisement » vis-à-vis de l’Allemagne. Cette prise de position lui coûte cher puisque René Massigli est écarté de l’administration centrale et nommé ambassadeur à Ankara.
Mis à pied par Vichy, il revient en France alors que se pose à lui la question du départ pour l’Angleterre. En contact avec la Résistance lyonnaise, il est appelé par De Gaulle qu’il rejoint en janvier 1943 à Londres où il accepte le poste de commissaire aux Affaires étrangères, qu’il conservera jusqu’en septembre 1944. Ambassadeur de France à Londres dès la fin de 1944, il est l’un des fidèles défenseurs d’une étroite alliance franco-britannique. En juin 1954, Mendès-France lui confie la première place de l’administration centre du Quai d’Orsay, celle de secrétaire général qu’ont occupée avant lui Philippe Berthelot, Alexis Léger, Jean Chauvel et Alexandre Parodi. Il l’occupe pour deux ans, remercié en 1956 par Christian Pineau.
S’intéressant surtout à la carrière politique de Massigli, Raphaële Ulrich-Pier n’en tente pas moins - lorsque cela est nécessaire à sa démonstration - quelques incursions dans la sphère privée du diplomate. S’appuyant sur un corpus d’archives très important et sur les trois livres de souvenirs de Massigli - Sur quelques maladies de l’Etat (1958), La Turquie devant la guerre (1964), Une comédie des erreurs (1978) - l’auteur s’est attaché à suivre et à comprendre le cheminement personnel d’un homme qui, décédé en 1988, a traversé le XXème siècle et connu ses épreuves.
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