On ne soulignera jamais assez le caractère fondateur de 1789. « L’année sans pareille », selon le mot de Michel Winock, impose en effet le sens traditionnel du mot « Révolution », à savoir un changement politique violent, fondateur et mémorable. Dès lors, si l’on suit l’exposé de Jacques Solé, le phénomène révolutionnaire devient, en Europe, un fait récurrent, jusqu’à la fin de la Grande Guerre et l’immédiat après-conflit. Comme pour son remarquable La Révolution en questions, M. Solé entreprend de synthétiser et clarifier l’historiographie agitée de ces multiples changements de régime (ou tentatives de renversements) intervenus au cours du XIXème siècle.
L’analyse de M. Solé distingue à ce propos trois schémas.
Tout d’abord, les Révolutions sans révolutionnaires, c’est-à-dire menées ou amorcées par des hommes politiques traditionnels (la quasi-totalité des Révolutions françaises, de 1789 à 1870) voire facilitées ou imposées de l’extérieur (la contamination révolutionnaire des pays d’Europe de l’Ouest dans les années 1790, avec quelques spécificités réactionnaires chez les insurgés du Bénélux), ou encore la naissance de nouveaux Etats (Allemagne, Italie, Roumanie, Grèce, Tchécoslovaquie, Yougoslavie) de 1860 à 1918, les modifications révolutionnaires apportées par les classes supérieures en Grande-Bretagne et en Espagne dès les années 1830, le grignotage et l’effondrement du tsarisme...
Ensuite, l’historien étudie le cas des révolutionnaires sans Révolution, ces activistes qui ont échoué à s’emparer du pouvoir ou à créer les conditions requises pour une insurrection politique, ou à faire perdurer leur propre succès : sans-culottes et jacobins, soulèvement polonais de 1794, troubles révolutionnaires en Grande-Bretagne liés aux débuts de la Révolution industrielle, soulèvement irlandais de 1798, vaines oppositions au système du Congrès de Vienne, échecs des mouvements ouvriers dans la seconde moitié du XIXème siècle (notamment la Commune), impuissance des révolutionnaires socialistes et nationalistes en Russie, écrasement des agitations balkaniques...
Enfin, Jacques Solé s’attache à décrire les authentiques victoires de révolutionnaires : en France (octobre 1789 avec la famille royale emmenée de force à Paris, puis sa mise sur la touche en août 1792, et juin 1793 avec la prise du pouvoir des Montagnards), au Portugal (et sa colonie brésilienne) dans les années 1820, en Belgique en octobre 1830, en Suisse en 1848, dans les Balkans, et l’éclatement des empires d’Europe centrale et orientale lié à la Grande Guerre.
Par delà sa structure à première vue désordonnée, en vérité pertinente si l’on s’attache à comparer les différents aspects de chaque Révolution européenne, l’ouvrage présente l’incontestable mérite d’offrir au lecteur une approche limpide et concise de chaque phénomène révolutionnaire, des différentes phases de la Révolution française aux cas étrangers. De quoi constituer une efficace base de travail pour parfaire son apprentissage des soubresauts de l’histoire européenne de la prise de la Bastille à la Révolution russe.
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