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Sénèque

Une introduction

Paul Veyne

Les stoïciens avaient le goût du paradoxe. Sénèque, en un sens, ne dérogeait pas à la règle. Ce subtil intellectuel, qui divergeait de Cicéron en ce que ce dernier insérait la philosophie dans ses moyens d’action, sera également l’une des plus grandes fortunes de Rome, fera la longue expérience du pouvoir et - plus fort encore - enseignera à Néron, Empereur qui, après d’excellentes premières années de règne sombrera dans le délire personnel. Sénèque en fera les frais, d’ailleurs, mais son mode de pensée l’avait conduit à anticiper le fait, et il mettra lui-même fin à ses jours. Jusqu’au bout, il aura agi en stoïcien - il ne l’eût pas été s’il n’avait commis un tel geste. Paul Veyne, historien de l’Antiquité que l’on ne présente plus, s’efforce de cerner la personnalité de cet homme d’exception, en se penchant sur sa vie, en relisant ses écrits - lesquels ont été généralement rédigés aux périodes capitales de son existence. D’où une structure en trois parties, la première nous introduisant dans la vie de Sénèque, la deuxième nous définissant sa pensée, la troisième fusionnant les deux puisque traitant de la venue au suicide.

Nous n’avons rien compris au stoïcisme, explique Paul Veyne, si l’on oublie qu’il est « moins une morale qu’une recherche du bonheur ». Un art de vivre qui n’exclut nullement la morale, puisque l’individu s’insère dans un tout, une globalité, mais en accord avec la Nature (à l’origine de toute chose), et au nom, d’abord et avant tout, de l’estime de soi. Le bonheur ne se conçoit d’ailleurs pas comme un état d’esprit, mais comme une fin, l’excellence. En ce sens, le suicide constitue le summum de la geste stoïcienne, puisqu’il constitue une réponse ultime à nos pires épreuves. Le stoïcisme permet ainsi, non de sombrer dans le fatalisme... stoïque, mais de braver les mésaventures de la vie, de mépriser la douleur. C’est une doctrine de combat intérieur, à supposer qu’on prenne ici le mot « doctrine » dans une acception individualiste. Sénèque se suicidant commet un ultime pied-de-nez à Néron, et lui signifie sa liberté, après que sa grande œuvre, ses Lettres à Lucilius, ont marqué son entrée dans l’opposition. La lecture de la Lettre 70 exposant les mérites et les limites du suicide, reproduite à la fin de l’ouvrage, est à ce propos pleinement révélatrice, outre d’acquérir un caractère prophétique.

Les philosophes de l’époque vivaient pleinement leur conception du monde. Sénèque vient à la mort par application totale de la pensée stoïcienne, de même que son homologue épicurien Pétrone, également suspecté de trahison par Néron, s’ouvrira les veines dans une joyeuse ambiance festive. En d’autres termes, nous démontre Paul Veyne, Sénèque a su incarner son art de vivre jusqu’à ses plus extrêmes limites, contradictions incluses. Mais à l’époque, la philosophie croyait encore au concept de bonheur. Il faudrait dix-huit siècles pour se remettre de ces illusions.

Nicolas Bernard

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Titre : Sénèque. Une introduction
Auteur : Paul Veyne
Editeur : Tallandier
Collection : Texto
Nombre de pages : 296
Publication : avril 2007
Prix : 6,50 €
ISBN : 978 2 84734 424

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