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Vichy dans la « Solution finale »

Histoire du Commissariat général aux Questions juives (1941-1944)

Laurent Joly

Depuis quelques années, Laurent Joly a grandement renouvelé l’histoire de la politique antijuive menée à bien par le gouvernement de Vichy. Avec ses riches biographies de Xavier Vallat et Darquier de Pellepoix, l’œuvre du Commissariat général aux questions juives était esquissée, aussi convenait-il de publier une thèse qui enserrait dans ses tenailles le destin de la sinistre administration. Tel est l’objet de Vichy dans la « Solution finale ». Le CGQJ, hélas méconnu du grand public, a découvert ainsi son historien, dont la plume alerte trempe dans une connaissance érudite des archives nationales et met à profit le dépouillement de nombreux fonds inédits. Peu à peu, « l’instrument de la politique antisémite de l’Etat française » prend chair, dans toute l’étendue de son organisation et de ses attributions mortifères.

A la demande des autorités allemandes, le CGQJ fut créé par l’amiral Darlan en mars 1941. Jusqu’à sa disparition, en 1944, il refléta un pan essentiel de la politique de Vichy dans son obsession à « déjudaïser » l’économie et la société françaises. Cependant, son rôle mua lentement au gré des changements qui affectèrent le régime. Père de la législation antijuive de l’année 1941, le Commissariat fut bientôt méprisé, boudé, et ne demeura que l’odieuse caisse de résonance des exigences ennemies. Au printemps 1941, Xavier Vallat, jouissant de vastes pouvoirs, confectionna un arsenal de mesures hostiles aux Juifs de France : un nouveau statut vint aggraver celui que Vichy avait adopté dès 1940. L’amiral Darlan décida toutefois de lui arracher la tutelle de la politique antisémite en la déployant contre les seuls étrangers, quand Vallat entendait plutôt frapper tous les Juifs, sans aucune distinction. Les Juifs qui avaient touché le sol français depuis 1936 furent internés, puis Vichy les livra de sa propre initiative.

Sous la houlette de Pierre Laval et de son secrétaire général à la police René Bousquet, le gouvernement négocia la déportation des Juifs avec les autorités d’Occupation. Pendant ce temps, le CGQJ, soucieux de briser « l’influence juive », expédiait sa besogne traditionnelle. Darquier de Pellepoix avait remplacé Xavier Vallat, dont l’ardeur à la tâche ne suffisait point. Disséquant l’état d’esprit, les aspirations et les méthodes des 2500 agents de l’organisme, Laurent Joly dévoile, dans un second temps, les conséquences néfastes des enjeux bureaucratiques et des querelles institutionnelles pour les innocentes victimes. Certains de ces fonctionnaires, animés d’une telle manie du légalisme, proposèrent même de servir lors de la Libération.

L’agonie du Commissariat eut pour toile de fond dérisoire les démêlés qui opposèrent le Reich au gouvernement français. Chacun caressait une logique antisémite bien particulière. De ce jeu triangulaire, Darquier de Pellepoix fut le grand perdant. Vulgaire perroquet de la politique allemande, ses vaines tentatives de surenchère finirent même par indisposer ses capricieux protecteurs. Lors de la Libération, la Justice frappa sévèrement les inspecteurs de la direction policière du Commissariat, mais les artisans dévoués de la spoliation et du Statut des Personnes lui échappèrent.

L’un des principaux mérites de la monumentale thèse de Laurent Joly est de nuancer la distinction traditionnelle entre l’antisémitisme réactionnaire « modéré » de Vichy, puisant son origine dans la pensée maurrassienne, et l’antisémitisme racial de l’Allemagne nazie. Le lâche abandon, dès 1941, des Juifs étrangers, jugés indésirables, scella un ralliement précoce des maîtres de l’Etat français aux désirs du IIIe Reich. Si le choix de l’extermination de masse ne transperça guère, la violence terrible de l’antisémitisme nazi était connue de tous depuis fort longtemps. La conclusion tombe ainsi comme un couperet : après la Roumanie, la France de Vichy fut, de tous les pays satellites, celui qui joua « le rôle le plus criminel dans la politique génocidaire des nazis ».

Nicolas Pavillon

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Titre : Vichy dans la « Solution finale »
Auteur : Laurent Joly
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 1021
Publication : avril 2006
Prix : 35 €
ISBN : 2-246-63841-0

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