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Voyages en France

Arthur Young

Que voici un témoignage capital sur la Révolution française. D’autant plus fondamental qu’il émane d’un étranger – britannique, certes, mais peu importe – qui sait observer et réfléchir. Arthur Young, en effet, était féru d’économie et d’agriculture, et estimait que le développement de ses connaissances en la matière lui imposait d’aller visiter d’autres contrées que la Grande-Bretagne. C’est pourquoi, de 1787 à 1790, il multiplia les longues excursions en France, devenant ainsi, par pur hasard, le témoin des formidables événements qui entrainèrent la chute de l’Ancien Régime. Il coucha ses impressions sur le papier et les édita une première fois en 1792, dans une version expurgée, avant de publier l’intégralité de ses notes deux années plus tard.

C’est cette dernière édition – intégrale, donc – qui a fort heureusement fait l’objet d’une traduction assortie d’un riche appareil critique en 1931, par l’historien Henri Sée, après maints précédents avatars francophones incomplets ou de médiocre facture. Le volume consacré aux « Voyages en France » est ici réédité dans la collection « Texto » des éditions Tallandier, ce qui devrait permettre à un plus large public de redécouvrir cet Anglais si souvent cité dans la vaste bibliographie révolutionnaire - et parfois pour lui faire dire tout et son contraire. Il faut rendre hommage, rétrospectivement, à l’ampleur du travail réalisé par Henri Sée, qui a su restituer le style littéraire de ce touriste si curieux de tout, tout en accompagnant l’exposé d’un nombre considérable de notes infrapaginales commentant, de manière pertinente, les remarques et allégations du chroniqueur, ou les replaçant dans leur contexte, sources à l’appui (quoique, bien évidemment, l’historiographie des sept décennies suivantes soit absente).

Les différents constats effectués par Arthur Young sur la société française de la fin du XVIIIème siècle révèlent certes, de sa part, quelques préjugés propres à un Anglais sur le « sombre continent ». Ils n’en sont pas moins lucides et d’une rare finesse d’observation. C’est qu’Arthur Young ne s’est pas contenté d’admirer les jolies demoiselles de France (la gente féminine, incontestablement, a effectivement attiré son regard) : il a surtout cherché à voir et à entendre, de manière à comprendre le fonctionnement de l’agriculture réputée la plus performante d’Europe. Il a vu, il a entendu, en effet. Et il a compris que l’Ancien Régime, malgré le dynamisme de son peuple, était à bout de souffle. Young dénonce en effet les scléroses du système des privilèges et de l’administration étatique, lesquelles brident, à l’en croire, le développement des échanges de même que la culture des sols. Il s’extasie sur l’état de nos routes, les meilleures d’Europe, mais pour mieux rappeler que leur construction et leur entretien résultent de l’oppression du Tiers Etat. En bon Anglais, il n’adhère pas pour autant au concept de « droits naturels », à l’origine de la Déclaration des Droits de l’Homme, mais cet esprit pratique n’a pas de mots assez forts pour critiquer l’exploitation de la majorité par une minorité.

La venue de la Révolution le surprend, mais peu. Il en redoute surtout la violence, qu’il juge pourtant inévitable après des siècles d’inégalités. Ses voyages de 1789 se déroulent ainsi dans une atmosphère de troubles, où il en vient lui-même à être suspecté, par les villageois, d’être un espion de la Reine – dont le témoignage de Young nous prouve, une fois encore, à quel point elle était exécrée du peuple. Il est à Paris en juin 1789, avant de se déplacer dans tout le pays, pour constater l’emballement des phénomènes de contestation. Tout se passe très vite, et Young s’inquiète autant qu’il s’émerveille. L’Assemblée nationale prend le pouvoir en France, mais il s’aperçoit de la montée de la paranoïa dans un pays bouleversé. Il quittera le continent en janvier 1790, plus heureux de « cultiver son jardin » en Angleterre que de persister à chroniquer désormais la vie politique française.

Nicolas Bernard

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Titre : Voyages en France
Auteur : Arthur Young
Préface : Henri Sée
Editeur : Tallandier
Collection : Texto
Nombre de pages : 493
Publication : octobre 2009
Prix : 10 €
ISBN : 978-2847346169

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